1000 Totems entre Flic en Flac et Le Morne...
Un projet fou !

Le Projet Protez Moris consiste à installer 1 000 totems entre Le Morne et Flic en Flac. Mille panneaux portant des messages courts qui font réfléchir... Nous mettons simplement une phrase là où, une seconde plus tard, une main hésitera peut-être à lâcher un déchet.
Parce que c'est là que tout se joue : avant le geste, pas après. Ramasser, c'est réparer. Nous, nous rêvons qu'il n'y ait rien à réparer.
Pourquoi mille, et pas cent ?
Un totem seul ne change rien. Dix, on les remarque. Cent, on en parle. Mille, on ne peut plus les ignorer. À ce seuil-là, nous en sommes convaincus, la côte ouest commence à changer.
Parce qu'un message isolé se lit et s'oublie. Répété partout, tout le temps, sur toute une région, il devient une évidence collective — quelque chose que tout le monde sait, que tout le monde a intégré, et que plus personne ne discute.
Mille, c'est le nombre qu'il faut pour saturer la côte ouest de bonne foi. Nous avons débuté en Janvier 2026. Nous en avons posé 350. Objectif 1000 à fin 2027.
Le cercle vertueux : plus c'est propre, plus c'est propre
C'est le principe qui fonde tout le projet.
Dans un endroit déjà sale, jeter ne coûte rien : un déchet de plus ne se voit pas. Dans un endroit propre, jeter crève les yeux. Personne n'a envie d'être celui qui salit le premier.
Alors chaque zone qui bascule se met à se défendre toute seule. Elle décourage le geste au lieu de l'excuser. Elle n'a plus besoin qu'on la nettoie en permanence.
Plus c'est propre, plus ça reste propre. Notre travail consiste à provoquer ce basculement, zone par zone, totem par totem.
Notre zone d'action — Le Morne ↔ Flic en Flac
Une zone, pas l'île entière. C'est volontaire. Nous avons choisi de concentrer tous nos moyens sur une seule portion de littoral, et de la traiter à fond. Faire la preuve de concept : démontrer, sur un territoire précis et mesurable, qu'une côte saturée de messages peut devenir plus propre.
Si la démonstration est faite entre Le Morne et Flic en Flac, elle vaudra pour le Nord, pour l'Est, pour le Sud. Et ce que nous aurons appris ici — les bons emplacements, les bons messages, les bons matériaux — sera transposable ailleurs. Une zone d'abord. Une autre après, peut-être. Mais une zone qui bascule vraiment vaut mieux que dix zones effleurées.
Ce que devient un dechet jetté à terre
Un déchet abandonné sur le bas-côté ne reste pas là. La pluie le prend, la ravine le porte, la rivière le charrie.

Au moins trois déchet sur dix jetés à terre finissent à la mer. C'est l'estimation basse.
Les modèles de référence vont jusqu'à 40 % pour les déchets mal gérés en zone côtière [1]. Et une île amplifie tout : la côte est partout, le ruissellement est court, les distances sont minuscules.
À Maurice, la mer n'est jamais loin : une canette jetée à Curepipe a rendez-vous avec le lagon. Nous ne polluons pas nos rues, nous polluons notre océan.
Le temps joue contre nous. Un mégot met 5 ans à disparaître. Une bouteille en plastique, environ 450 ans [2].
Les effets du plastique sur le corail
Le plastique qui atteint la barrière ne fait pas que la salir, il la rend malade.
Une étude publiée dans Science a examiné 124 000 coraux sur 159 récifs de la zone Asie-Pacifique. Résultat : la probabilité qu'un corail soit malade passe de 4 % à 89 % dès qu'il est en contact avec du plastique [3].

Vingt fois plus de risque. Le plastique blesse le corail, le prive de lumière et d'oxygène, et ouvre la porte aux pathogènes.
Le corail met des décennies à construire ce qu'un déchet abîme en quelques mois.
Les effets du plastique sur les poissons
Le plastique ne disparaît pas : il se fragmente. En morceaux de plus en plus petits, jusqu'aux microplastiques, invisibles à l'œil nu — et exactement à la taille de ce qu'un poisson avale.

Dans le Pacifique, une étude portant sur des poissons planctonophages a trouvé du plastique dans l'estomac de 35 % d'entre eux, soit plus d'un poisson sur trois [4].
Les effets du plastique sur notre santé
Ce que la mer reçoit, elle nous le rend. Les microplastiques ingérés par les poissons remontent la chaîne alimentaire, et le dernier maillon, c'est nous. On en retrouve aujourd'hui dans les tissus humains, et la recherche explore activement leurs effets à long terme — inflammation, perturbation endocrinienne, et possible lien avec certains cancers [5].
Et sur les plages
La barrière de corail est le brise-lames naturel de Maurice. C'est elle qui casse la houle avant qu'elle n'atteigne le rivage, elle qui tient le sable en place. Un récif affaibli amortit moins bien. La houle passe, le sable part, la plage recule.

L'érosion de nos plages n'est pas une fatalité climatique lointaine : elle commence dans un sachet abandonné au bord d'une route.
Cette pollution est la nôtre
C'est le point décisif, et il est démontré.
Elle ne vient pas d'ailleurs. La première étude consacrée aux déchets anthropiques dans les mangroves mauriciennes a collecté 3 225 objets sur deux sites, à Mahébourg et à Ferney. Le plastique domine, en nombre comme en poids. Et l'origine est sans ambiguïté : la majeure partie de ces déchets provient de Maurice— emballages, bouteilles, sacs, détritus de plage, de rue et de caniveaux [6].
Les rivières font le reste du travail. Cette même étude montre que le dépôt des déchets est directement lié aux fortes pluies locales et au débit des cours d'eau [6]. Nos ravines et nos rivières sont des convoyeurs : elles prennent en charge ce qui a été jeté au centre de l'île et le livrent au lagon.
Et notre lagon retient ce que nous y mettons. La barrière de corail et les dynamiques de marée tendent à piéger dans les lagons et les mangroves ce qui a été jeté sur le territoire. Nous vivons avec nos propres déchets.
La bonne nouvelle
Notre pollution n'est donc ni importée, ni subie. Elle n'est le fruit ni d'un courant venu d'ailleurs, ni d'une industrie étrangère. Elle est très majoritairement de notre fait.
Ce n'est pas une accusation, c'est une excellente nouvelle : cela signifie qu'elle est, dans la même proportion, en notre propre pouvoir. La solution ne demande ni infrastructure, ni technologie, ni emprunt. Elle demande un réflexe — et un réflexe, ça s'apprend.
C'est exactement le travail de nos mille totems.
Sources
- Jambeck J.R. et al., « Plastic waste inputs from land into the ocean », Science, vol. 347, n° 6223, 13 février 2015, p. 768-771. L'étude de référence en la matière : elle modélise la part des déchets plastiques mal gérés en zone côtière qui rejoint l'océan selon trois hypothèses — basse 15 %, médiane 25 %, haute 40 %. Confirmé pour les Petits États Insulaires en Développement par les travaux d'Eunomia et de l'UICN (Plastic Footprint Calculator, 2019-2020), et par le National Strategic Plan / Roadmap for a Plastic Pollution-Free Mauritius (2026-2035), Ministère de l'Environnement de Maurice avec l'UICN-ESARO (projet IslandPlas), janvier 2026, qui identifie la saturation des infrastructures comme facteur principal du transfert vers le lagon.
- Durées de dégradation communément retenues (mégot ≈ 5 ans ; bouteille PET ≈ 450 ans), notamment reprises par la NOAA et le PNUE.
- Lamb J.B. et al., « Plastic waste associated with disease on coral reefs », Science, vol. 359, n° 6374, 26 janvier 2018, p. 460-462.
- Boerger C.M., Lattin G.L., Moore S.L., Moore C.J., « Plastic ingestion by planktivorous fishes in the North Pacific Central Gyre », Marine Pollution Bulletin, vol. 60, n° 12, 2010, p. 2275-2278.
- Sur l'état de la recherche : revues systématiques 2025 sur microplastiques et cancer colorectal (Frontiers in Public Health, août 2025) et méta-analyse parue dans l'International Journal of Surgery, 2025 — cette dernière conclut à une corrélation faible et appelle à la prudence.
- Seeruttun L.D., Raghbor P., Appadoo C., « First assessment of anthropogenic marine debris in mangrove forests of Mauritius, a small oceanic island », Marine Pollution Bulletin, vol. 164, mars 2021, article 112019. Étude menée par le Department of Biosciences and Ocean Studies de l'Université de Maurice : 3 225 objets collectés entre octobre et décembre 2018 sur deux sites (Mahébourg, 2 127 objets / 150,07 kg ; Ferney, 1 098 objets / 43,71 kg), le plastique constituant la catégorie dominante, d'origine principalement littorale et récréative.
- Pour l'ordre de grandeur à l'échelle nationale : The MCCI Roadmap for a Waste Plastic Free Mauritius, Mauritius Chamber of Commerce and Industry, mars 2022. Le rapport évalue la production annuelle de déchets plastiques du pays à environ 116 000 tonnes, dont une part significative reste aujourd'hui hors des circuits de collecte et de recyclage — les fractions les plus légères étant les plus susceptibles de rejoindre les rivières puis le lagon.

